Dans le contexte de son projet de construction d’un dispensaire rural à Banock (Cameroun), les responsables de la partie conception et constructions de l’association ASSAMBA ont réuni une petite équipe pour trouver des solutions simples et écologiques à la gestion des matières fécales et des urines.
L’équipe composée de Gwennaël Bolomey, diplomé en Sciences de l’environnement, Jacques Morel, architecte, et Fanny Vaucher, illustratrice a décidé d’accompagner ce travail de refléxion par une publication. L’objectif initial est de présenter à la population essentiellement rurale de Banock – très intéressée par l’idée – le concept de toilettes sèches, ainsi que de préparer la réalisation d’un prototype de démonstration et d’observation qui servira aussi de toilettes de chantier pendant la construction du dispensaire.
Cette brochure n’est évidemment pas destinée au seul village de Banock et pourra faire l’objet d’une distribution élargie à d’autres régions intéressées.
De l’eau potable pour évacuer le caca?
Alors que plus de 1.2 milliard d’habitants de la planète n’ont pas accès à de l’eau potable, une fraction bien trop importante de la population mondiale se paie encore le luxe d’en gaspiller 30 à 60 litres par jour pour évacuer leurs urines et fèces dans des toilettes à chasse d’eau! Quelle calamité! Une chasse d’eau utilise au moins cinq fois plus d’eau potable qu’il n’en faudra pour la cuisiner et pour boire en une journée. Par ailleurs elle consomme l’équivalent d’au moins deux douches.
Dans de nombreuses villes des pays en développement, les matières fécales évacuées par chasse d’eau ne sont pas traitées, ni hygiénisées la plus part du temps. En général, elles sont rejetées directement dans le milieu naturel ou réutilisées telles quelles pour l’arrosage des légumes et la fertilisation des sols. Ce qui pose de nombreux problèmes de santé publique. Il n’est pas encore trop tard de se poser les bonnes questions et de réfléchir à une meilleure façon d’envisager l’assainissement. Le modèle de toilette à chasse d’eau potable inventé par les occidentaux n’est pas compatible avec la vision future de l’assainissement.
L’assainissement par définition, doit préserver la dignité humaine, protéger la santé publique, l’environnement et les ressources naturelles, être abordable pour les familles et simple d’utilisation. Plusieurs technologies de toilettes ou de gestion des excréta déjà éprouvées permettent d’économiser ce gaspillage important d’eau potable.
Celles qui sont promues dans cet ouvrage en font partie. Elles sont bien adaptées pour des communautés rurales ou urbaines, qui font un choix technologique, conscients des contraintes d’utilisation, de maintenance et d’adaptation culturelle.
Le choix de ces technologies alternatives est cohérent avec les enjeux de préservation de la santé familiale et publique. Quels que soient les choix technologiques, la qualité hygiénique et le devenir des excréta après la vidange des fosses sont des facteurs déterminats de la protection de la santé publique et doivent être partie intégrante de tout projet d’assainissement.
Dr. Doulaye Koné
Responsable Programme, Gestion des Excréta et Eaux Usées
Institut Fédéral Suisse de Recherche de l’Eau (Eawag)
Département Eau et Assainissement dans les Pays en Développement (Sandec) http://www.sandec.eawag.ch/

Des toilettes sèches à compostage: Solution d’avenir pour l’agriculture et l’environnement










