La Constitution du Burkina Faso dispose en son article 14 que "les richesses et les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie". En son article 29 elle indique particulièrement que "le droit à un environnement sain est reconnu ; la protection, la défense et la promotion de l’environnement sont un devoir pour tous".
La gestion des ressources en eau au Burkina Faso est donc un des principaux enjeux de l’avenir qui interpelle toute la communauté nationale. La gestion d’une ressource naturelle comme l’eau, implique sans conteste des règles d’ordre public. Sont en effet en cause, des besoins vitaux pour les hommes et les activités économiques, des problèmes de protection de l’environnement, d’aménagement du territoire, de solidarité et d’équité, de sécurité, de santé publique, voire de défense et de souveraineté. C’est donc par excellence le domaine de l’action publique et de l’action citoyenne.
Le modèle d’action publique dans les circonstances historiques de la création au Burkina de l’Etat-nation a été fortement marqué par un volontarisme public, sous l’impulsion de l’administration publique centrale d’Etat et de l’aide public pour assurer un développement et une modernisation accélérée des usages de l’eau. Quarante ans après l’indépendance, les résultats dans le domaine de l’eau sont mitigés. La rénovation de l’action publique dans le domaine de l’eau est donc à l’ordre du jour. Profondément créatrice, elle doit libérer de nouvelles énergies et permettre de nouvelles libertés. Elle prend racine dans l’Etat de droit et la Décentralisation définie par la loi comme l’axe fondamental du développement et de la démocratie.La décentralisation dans le domaine de l’eau appelle le repositionnement des acteurs de l’eau ; elle appelle en particulier l’émergence aux côtés de l’Etat d’autres acteurs et le renforcement de l’action publique locale et de l’action citoyenne. Le développement dans le domaine de l’eau appelle la mise en place d’une économie de l’eau dans laquelle la production des biens et services dans le secteur de l’eau doit être progressivement et impérativement accordée aux lois de la production marchande évoluée ; c’est à dire que les programmes d’investissement public notamment, et leurs charges récurrentes doivent être supportés dans une large mesure par la valeur ajoutée des biens et services qui seront produits.
Les perspectives sont ouvertes pour toutes ces évolutions nécessaires ; en effet, ici ou là, elles sont amorcées sous forme de germes d’innovation et de changement tant au niveau de l’Etat et des collectivités locales que du secteur privé et de la société civile. L’adoption d’une approche de gestion intégrée des ressources en eau offre en particulier l’opportunité de construire un cadre d’initiative et d’action collective pour faire de l’eau un point d’appui de la Décentralisation, une ressource économique pour l’avenir et un patrimoine à préserver.
Les problèmes en matière d’eau que connaît le Burkina Faso (augmentation de la demande, amenuisement des ressources, insuffisance des ressources humaines et financières), conduisent à mener à bien la réflexion et l’action pour la mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau. L’adoption par le gouvernement du Burkina Faso du document de "Politique et stratégie en matière d’eau" en juillet 1998 marque une volonté affirmée d’asseoir les nouvelles orientations stratégiques devant régir désormais le développement du secteur de l’eau du pays et consacre la gestion intégrée des ressources en eau comme base pour garantir les divers besoins de l’économie nationale en eau dans une vision durable. En d’autre terme et fondamentalement, il s’agit d’élaborer et conduire avec l’ensemble des acteurs, la réforme du secteur de l’eau avec pour but d’assurer le partage et l’équilibre des ressources en eau du pays de façon concertée et durable, à l’aide d’outils législatifs /réglementaires, institutionnels, techniques et financiers. Une mission essentielle et complexe dont la mise en œuvre a été confiée au programme GIRE.
Qu’est ce que la gestion intégrée des ressources en eau ?
La gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) est un processus de gestion qui a pour but d’assurer le partage et l’équilibre des ressources en eau de façon concertée et durable.
Le partage
- entre les usagers d’un même secteur de l’eau,
- entre les usagers souvent concurrentiels des divers secteurs de l’eau dans le pays,
- entre le Burkina et les pays voisins.
L’équilibre:
- entre les ressources en eau et la demande,
- entre les ressources en eau et l’environnement,
- entre les ressources en eau et les autres ressources naturelles exploitées par l’homme (la terre, les végétaux, la faune, les minerais),
- entre la valeur sociale et la valeur économique de l’eau,
- entre les ressources en eau du présent et celles de l’avenir.
de façon concertée car la concertation et la responsabilisation de tous les acteurs sont des conditions indispensables pour que les modalités de la gestion de l’eau soient définies, mises en œuvre et financées par les acteurs eux-mêmes. Cette stratégie du reste est clairement inscrite dans la politique de décentralisation promue par l’Etat.
de façon durable car le caractère limité, indispensable et renouvelable de l’eau impose à la génération d’aujourd’hui d’adopter des principes de gestion qui garantissent aux générations de demain les ressources en eau dont ils auront besoin et un environnement préservé.
Dans le contexte national actuel, le processus de la GIRE doit être entamé et soutenu grâce à divers outils :
Des outils institutionnels :
- La connaissance de tous les acteurs de l’eau, de leurs fonctions, de leurs moyens d’action, de leurs contraintes, de leur volonté et de leur capacité d’innovation.
- La définition d’un cadre de gestion des ressources en eau, basé spatialement sur les bassins versants, et affiné selon le croisement d’autres facteurs pertinents, notamment démographiques, sociologiques, économiques.
- Le renforcement des capacités des acteurs pour les préparer à jouer leur rôle dans ce futur cadre de gestion.
Des outils législatifs :
- L’adaptation du cadre législatif pour permettre la création de nouvelles structures de gestion et d’assurer les conditions de sa viabilité.
- L’attribution aux acteurs d’un statut légal qui leur permet d’agir dans ce futur cadre.
- La création et la mise en œuvre d’une redevance eau, destinée à financer le secteur de l’eau.
- La création d’une police efficiente de l’eau.
Des outils économiques :
- La réalisation d’études sur la redevance, pour en évaluer les montants possibles, les impacts économiques et les modalités pratiques de mise en œuvre.
- La réalisation d’études sur la valeur de l’eau, sur sa rentabilité économique, sur son poids dans l’économie nationale et sur la mise en place de systèmes mutualistes assurant l’équilibre entre l’aspect social de l’eau pour les besoins fondamentaux et l’aspect économique de l’eau en tant que facteur de production.
Des outils techniques :
- La connaissance des ressources en eau, et de ses relations avec l’environnement : en quantité, en qualité, les zones humides, les risques liés à l’eau.
- Le suivi de la ressource et des usages, la prévision des impacts des prélèvements et des pollutions.
Le programme GIRE, piloté par la Direction Générale de l’Hydraulique sur financement du Royaume du Danemark, a pour mission la création des conditions pour la mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau. Il agit pour cela au niveau des quatre types d’outils. Il veut aussi et surtout contribuer à faire prendre conscience à tous les acteurs de l’eau de la profonde réforme en cours dans ce secteur au Burkina Faso, et de l’opportunité pour eux de s’engager dans la réflexion pour prendre une place et des responsabilités nouvelles et mener à bien les actions en faveur de la GIRE. L’engagement dans cette réforme et sa réussite au Burkina Faso, pays phare au niveau régional en matière de gestion intégrée des ressources en eau, sont pour la nation une opportunité majeure et un défi à relever.
Dans le cadre du programme GIRE, le bassin versant du Nakanbé ss a été choisi comme bassin pilote pour la mise en œuvre d’un comité de gestion de ses ressources en eau. Ce choix a été posé en raison de l’ampleur et de la diversité des problèmes de gestion de l’eau que connaît cette région. Ce comité de gestion constituera une expérience pilote d’une structure de gestion par bassin versant, mise en place selon les principes de la GIRE. Il s’agit bien de la manifestation concrète de la réforme en cours, dans la mesure où tous les acteurs présents dans le bassin, structures publiques, utilisateurs de l’eau, collectivités locales, ONG, organismes de recherche, etc, sont invités à jouer un rôle actif dans la gestion des ressources en eau. Ce comité préfigurera les futures structures de gestion par bassin versant qui seront appelées à couvrir l’étendue du territoire national. L’importance de l’enjeu justifie la nécessité d’un engagement de tous les acteurs pour que la GIRE ne demeure pas simplement un concept, mais bien pour que chacun se l’approprie, la mette en œuvre, et que les ressources en eau mieux gérées constituent pour le pays un moteur réel du développement et non plus un facteur de charge.

État des lieux des Ressources en Eau







