L’ONG Ateliers du Bocage Burkina est une représentation de l’association "Les Ateliers du Bocage en France", membre d’Emmaüs France et d’Emmaüs International. Ateliers du Bocage est en France l’un des principaux acteurs dans le domaine de la collecte et du recyclage des D3E (Déchets d’Equipement Electriques et Electroniques). Il a été ainsi collecté depuis 2005 plusieurs milliers de tonnes d’ordinateurs et de téléphones mobiles, dont le recyclage et la remise sur le marché (pour la partie réemployable) ont générés des emplois pour des personnes socialement exclues en France et en Afrique, où une partie de ces appareils connaissent une seconde vie.
L'ONG est présent au Burkina depuis fin 2005, et a construit ses activités sur deux piliers complémentaires : d’une part la réduction des risques liés aux D3E, à travers la création d’un atelier de dépollution permettant de démanteler du matériel informatique hors d’usage collecté localement ; et d’autre part la réduction de la fracture numérique, en favorisant l’accès à des équipements informatiques bon marché et de qualité, préalablement collectés et reconditionnés dans ses ateliers en France, et ensuite distribués sur le marché local. Ceci a permis depuis fin 2005 à des milliers d’élèves et de particuliers de pouvoir accéder à l’informatique au Burkina Faso.
Face aux risques liés à la gestion de la fin de vie des téléphones mobiles, à l’ignorance de la majeure partie des utilisateurs et réparateurs de ces téléphones mobiles et du fait des impacts (notament la consommation des ressources) liés à la fabrication de ces objets électroniques sur l'environnement , Emmaüs International et les Ateliers du Bocage-Burkina, ont jugé nécessaire de mettre en place le Projet de collecte et de recyclage des déchets de téléphones mobiles. La cérémonie officielle de lancement du Projet a eu lieu en mars 2010 au siège des Ateliers du Bocage à Ouagadougou, en présence du Ministère de l’Environnement et du Cadre de vie.
I. Quelle nécessité de collecter et recycler les déchets de téléphones mobiles au Burkina ?
I.1. La croissance du marché du mobile
Le téléphone mobile est parmi les nouvelles technologies de l’information et de la télécommunication, l’un des outils dont l’utilisation s’est le plus démocratisée depuis son lancement au début des années 90. L’Afrique est ainsi passée de 14 000 utilisateurs en 1990 à plus de 320 millions en 2008, soit un peu plus de 30% de taux de pénétration. Le Burkina Faso avec ses trois opérateurs du moment, comptait en 2009 plus de 3 millions d’utilisateurs de téléphones mobiles, avec une croissance de plus de 200% depuis 2000. Si on compte pour ces 3 millions d’utilisateurs au minimum 3 à 4 millions de téléphones mobiles en circulation au Burkina, on est obligé dès lors de se poser la question de leur impact sur l’environnement et la santé.
I.2. L’urgence environnementale et sanitaire
La taille de plus en plus miniaturisée du téléphone mobile pourrait presque amener à croire qu’il n’a pas d’impact sur l’environnement, ou si non très peu. Au-delà de la question de l’exploitation des ressources et de la consommation d’énergie nécessaires pour fabriquer le téléphone mobile et ses accessoires, il se pose la question de la gestion de la fin de vie de ces appareils, qui si elle n’est pas appropriée, peut être source de graves dangers pour l’environnement et la santé. Les réparateurs ou “chirurgiens du portable“, jouent au Burkina un rôle important dans la gestion de la fin de vie des téléphones mobiles.
I.2.1. Les réparateurs de téléphones mobiles et les pratiques d’élimination des déchets issus de leurs activités
Dans un pays comme le Burkina Faso, comme dans d’autres pays africains, la gestion de la fin de vie des téléphones mobiles fait intervenir un secteur devenu incontournable, celui de la réparation, dont l’essor se justifie par la faiblesse du pouvoir d’achat des utilisateurs, qui sont amenés à faire réparer leurs appareils un certain nombre de fois avant qu’ils soient totalement hors d’usage. Cette activité de réparation, au-delà de son impact social certain – dans la mesure où elle permet à des milliers de Burkinabés défavorisés et peu qualifiés de gagner leur pain quotidien – génère des déchets à travers les composants hors d’usage qui sont remplacé quotidiennement par ces milliers de réparateurs. Ces déchets s’entassent chez les réparateurs, et connaissent des traitements divers, tous inappropriés et dangereux pour la santé humaine et l’environnement.
Ces traitements peuvent consister à :
- Incinérer en plein air à côté de l’atelier
- S’en débarrasser dans la nature
- Les remettre au charretier qui les mélange aux ordures collectées auprès des ménages
I.2.2. Pourquoi ces pratiques sont-elles dangereuses pour l’environnement et la santé?
Pour mieux comprendre la dangerosité de telles pratiques, il est nécessaire de mettre en relief certaines propriétés des matières utilisées dans la fabrication des téléphones mobiles, qui en cas d’incinération par exemple, peuvent être libérés dans l’atmosphère ou s’infiltrer et contaminer les sols et nappes phréatiques en cas de pluie. En effet, même en petite quantités, les produits chimiques contenus dans les téléphones portables peuvent être source de contamination environnementale et sanitaire, car comme les sacs plastiques et les mousses de polystyrène, ils ne s’éliminent pas facilement et peuvent demeurer dans l’environnement pour une période de temps indéfinie.
I.2.3. Quelques substances contenues dans le téléphone mobile et ce qu’elles peuvent provoquer :
Les retardateurs de flammes bromés (présents sur les circuits imprimés, les chargeurs, coques plastiques) :
- utilisés pour prévenir les risques d’incendie à l’intérieur du téléphones mobile, bien qu’étant eux-mêmes hautement inflammables
- peuvent causer des troubles hormonaux, des cancers, et des complications pendant la grossesse
- peuvent créer des difficultés d’apprentissage et des désordres comportementaux
Le cadmium (présents sur les circuits imprimés, les batteries, les chargeurs):
- métal lourd et très toxique connu pour causer des cancers des poumons et de la prostate
- peut avoir un effet néfaste sur le transit intestinal, les reins, les systèmes respiratoire et cardiovasculaire et hormonal
Le plomb (présents sur les circuits imprimés, …):
- peut nuire pratiquement à tous les organes du corps humain, particulièrement le système nerveux central, les systèmes immunitaires et cardiovasculaires
- peut altérer les capacités mentales, retarder la croissance, causer des troubles du comportement et de la reproduction
Le lithium (présent dans batteries):
- substance très corrosive
- peut être dangereux au contact de l’eau
Le mercure (présent dans les afficheurs LCD),
- le mercure rejeté dans l’environnement a tendance à se concentrer dans les sols et l’eau
- il peut s’accumuler dans les tissus gras de certains organismes vivants, notamment les poissons, qui vont contamineront ensuite ceux qui vont les consommer
- peut créer des troubles hormonaux et de la reproduction.
Face à de tels dangers, et à l’ignorance qui est celle de la majeure partie des réparateurs et des utilisateurs de téléphones mobiles, Emmaüs International et Ateliers du Bocage ont jugé nécessaire de mettre en place ce projet dans le but de contribuer, en partenariat avec le Gouvernement Burkinabé à travers le Ministère de l’Environnement et du Cadre de Vie, à réduire les risques liés à des pratiques d’élimination inappropriées des déchets de téléphones mobiles. Risques rendus plus persistants par la croissance du marché du mobile et le grand nombre de téléphone mobiles en utilisation dans le pays.
II. Les Objectifs poursuivis à travers ce projet
Ils sont d’au moins trois (3) ordres :
Environnemental
- Mettre en place un système de collecte des terminaux mobiles hors service et/ou des déchets de composants issus de ces mobiles ;
- Trouver des filières appropriées pour le recyclage ou la valorisation de ces déchets ;
- Susciter une prise de conscience autour des dangers posés par un traitement inapproprié de ce type de déchets.
Economique
- Développer un modèle économique qui permette de faire tenir dans la durée les activités de collecte et de recyclage mises en place à travers ce projet ;
- Montrer le potentiel économique qui réside dans les activités de recyclage des déchets électroniques, en particulier ceux issus du téléphone mobile.
Social
- Générer des emplois et des révenus qui permettent à des personnes défavorisées et sans grande qualification, de s’insérer durablement dans le monde du travail.
III. La mise en œuvre du projet
La collecte

Ce que nous entendons par déchets dans le cadre de ce projet, ce sont tous les composants hors d’usage – qui ne peuvent donc plus servir dans le cadre de la réparation, et qui sont susceptibles d’être brûlés, ou de se retrouver dans la nature. Ce que le présent projet veut justement combattre.
La collecte s’effectuera sur les deux principales villes du pays que sont Ouagadougou et Bobo-Dioulasso pendant les 6 premiers mois, et s’étendra aux autres villes par la suite. Des agents collecteurs seront recrutés et envoyés sur le terrain, à la fois pour sensibiliser les réparateurs de téléphones mobiles sur les risques liées aux déchets issus de leur activité, et les amener à s’impliquer dans le projet en laissant collecter leurs déchets par Ateliers du Bocage.
Créer une relation gagnant-gagnant avec les réparateurs
Compte tenu de l’importance du travail effectué par les réparateurs de téléphones mobiles, il est question à travers ce projet, de leur favoriser l’accès à des pièces de rechange de bonne qualité et d’origine, pour faciliter leur travail au quotidien. Pour ce faire, une monnaie d’échange sera mise en place, qui permettra aux réparateurs d’échanger leurs déchets contre des composants ou accessoires en bon état de fonctionnement, fournies par Ateliers du Bocage.
Mettre en place un atelier de tri et conditionnement sur Ouagadougou
L’atelier de tri et de conditionnement des déchets collectés, sera fonctionnel sur Ouagadougou dès le démarrage officiel du projet le 11 mars 2010. Cet atelier recevra les déchets collectés sur Ouagadougou, ainsi que ceux provenant du centre de pré stockage qui sera mis en place sur Bobo-Dioulasso dès le mois d’Avril 2010.
Le traitement des déchets collectés
Une partie des déchets collectés, en particulier les composants de nature métallique (les visses notamment) sera revalorisée localement, dans la mesure où il existe sur place des entreprises de métallurgie pouvant les récupérer. Les études menées en amont du projet ayant montré qu’il n’existait pas localement de filières de traitement pour les autres éléments (coques plastiques, afficheurs LCD, circuits imprimés, batteries, chargeurs, etc), ces derniers seront acheminés en France où ils seront pris en charge par nos partenaires. Tout ceci se fera en conformité avec la Convention de Bâle qui régit entre autres les transferts transfrontaliers de déchets.
Travailler avec le Gouvernement pour favoriser la création de filières de recyclage locales respectueuses de l’environnement
Le transfert pour traitement à l’étranger des déchets collectés dans le cadre de ce projet ne peut en effet être envisagé que sur du court et moyen terme. C’est pourquoi l’un des sujets sur lesquels nous travaillerons avec le Gouvernement, touchera aux conditions pouvant favoriser l’émergence au niveau local de filières de recyclage de déchets électroniques qui se distinguent par leur professionnalisme et leur sûreté environnementale.

Projet de Collecte et de Recyclage des Déchets de Téléphones Mobiles au Burkina Faso










