« Il y a 10 ans, la situation n’était pas celle d’aujourd’hui,vous aviez des difficultés à voir des cobs de buffon [une espèce d’antilope],qu’on voit maintenant comme des troupeaux de chèvres, et quand on voyaitdes buffles, c’était la poussière seulement ! » : DjafarouAli Tiomoko, directeur du Parc de la Pendjari depuis 1999, est fier du résultat. Son travail en commun avec les villageois du parc a porté ses fruits : des animaux partout, des revenus en hausse, et un engagement de chacun pour quecela continue.
La réserve de la Pendjari occupe une superficie de 500 000 ha, au nord des falaises de l’Atakora, dans la boucle formée par la rivière Pendjari. La réserve est à équidistance de 3 capitales : Cotonou est à 600 km, Niamey à 500 km et Ouagadougou à 400 km. La Pendjari fait partie de l’ensemble du Parc transfrontalier W, à cheval sur le Niger, le Bénin et le Burkina Faso.
Au milieu des savanes arbustives, la rivière serpente, bordée par une galerie verte de magnifiques palmiers rôniers. La diversité du paysage, ce sont aussi de grandes plaines inondables ou des forêts fermées de type équatorial, telle la forêt de Bandjagou. Dans ces vastes écosystèmes, on peut facilement tomber nez à nez avec l’un des quatre grands de la faune africaine, éléphant, buffle, panthère ou lion – même si c’est le guépard qui a été choisi comme emblème de la Pendjari ! – sans compter les dizaines d’espèces d’antilopes (cobs de fassa, hippotragues,bubales, guibs harnachés…), les hippopotames et plus de 400 oiseaux– car la Pendjariest aussi une halte pour les oiseaux migrateurs venant d’Europe.
Eliminer tout d’abord la mouchetsé-tsé
Les bords de la rivière Pendjari étaient infestés de mouches tsé-tsé, qui transmettent la maladie du sommeil. Les populations vivaient cette maladie comme une véritable malédiction, et aumoment du classement, tout le monde avait donc déjà déserté les lieux. Il faudra attendre les années 1980 pour que les mouches tsé-tsé soient enfin éliminées durablement par des insecticides américains. En l’absence d’expulsion des populations, on pourrait penser que la création de la réserve de biosphère s’est faite en toute sérénité. Pourtant, ce n’est pas le cas : la législation postcoloniale interdisait l’accès et l’exploitation des ressources aux populations, et la répression prévalait.
Mais à partir de 2002, les perspectives changent diamétralement : le projet du Mab-Unesco /Pnue-Fem écrit et soutient localement, en accord avec le gouvernement béninois, le «Renforcement des capacités scientifiques et techniques pour une gestion efficiente et une utilisation durable de la diversité biologique dans les réserves de biosphère…» et axe, ainsi, son action sur la formation à l’autonomie des populations. La création des Associations villageoise de gestion des ressources et de la faune (Avigref) a permis l’implication des habitants en leur donnant autorité sur l’organisation et la gestion de la réserve. Djafarou Ali Tiomoko, directeur dela réserve toujours en poste, avoue que six mois (et seulement six !) ont été nécessaires à compter de son arrivée en 1999, pour résoudre les problèmes et les conflits, qui portaient principalement sur l’utilisation des ressources.
Car la population des villages s’accroît,alors que les terres cultivables ne s’étendent pas en proportion: il faut donc chercher des solutions adaptées. Dans le cadre du programme Mab-Unesco, les villageois ont eu l’occasion de visiter d’autres réserves de biosphère pour y rencontrer leurs homologues, et y puiser des idées. Leur réflexion s’est finalement tournée vers la recherche de solutions alternatives : la chasse villageoise autogérée, la culture de coton biologique, les cultures maraîchères ou la production de miel.
La participation, clé de laréussite
Une étude montre qu’entre 2002 et 2006, les revenus de la population, très pauvre, de cette région, ont crû de 20 %.Les alternatives sont donc rémunératrices, mais pas seulement : l’organisation et l’échange des idées ont également provoqué ce changement.
Auparavant, on ne pratiquait pas deculture de contre-saison dans la région de Batia. Mais les femmes du villages ont parties visiter le Parc du Niokolo Koba, au Sénégal, et elles en ont rapporté l’idée de faire des cultures maraîchères, idée qu’elles ont mise enpratique dès leur retour. Et, aujourd’hui, le produit du maraîchage procure au village un complément alimentaire régulier. L’organisation des villageois en association est également l’une des clés de la réussite. Elle permet une gestion participative, transparente, une juste répartition des gains vers tous les participants, et l’élaboration de projets communs.
Ces alternatives, nées de la rencontre, de la réflexion à long terme, sont finalement porteuses de changements sociaux. La gestion directe par les populations, la création de groupes de femmes, leur implication dans l’organisation et la gestion, la création d’activités innovantes par celles-ci font bouger les relations à l’intérieur des villages, mais également les relations entre les villageois et l’administration. Quand le gouvernement prône la décentralisation et le désengagement de l’Etat, c’est le désengagement financier qui l’intéresse au premier chef. Mais la contrepartie de ce mouvement est l’indépendance dont jouissent aujourd’hui les populations, qui ont vu la nécessité d’une prise de conscience et de responsabilités. A la Pendjari, l’objectif de Djafarou Ali Tiomoko est de donner les clés de la gestion environnementale auxpopulations, avant de quitter la direction de la réserve.
Histoiredes lieux
- 1954 : création de la réserve partielle de faune pour grande chasse ;
- 1959 : un noyau central est transformé en réserve totale, et la périphérie en zone cynégétique ;
- 1961 : le gouvernement béninois lance un grand projet de développement économique etsocial, comprenant la construction de centres de santé et des forages aquifères, ce qui nécessite le regroupement des populations en une vingtaine de villages à la périphérie, villages qui perdurent jusqu’aujourd’hui ;
- 1986 : la Pendjari demande à l’Unesco le label de réserve de biosphère, et l’obtient ;
- 2007 : le parc de la Pendjari est classé site RAMSAR, zone humide internationale protégée, en raison de son chapelet de mares accueillant les oiseaux migrateurs.

La Pendjari, une réserve presque comme les autres














