La consommation mondiale d’énergie primaire dépend en grande partie de la production pétrolière (figure 1: source EIA, 2009). Les besoins en pétrole devraient augmenter encore dans le moyen terme avec le développement du secteur des transports et de l'industrie en particulier dans les pays émergeants. Cependant, depuis la fin des années 80, les découvertes couvrent à peine l’augmentation de la demande mondiale. Par ailleurs, l’utilisation de cette énergie fossile contribue à l’accroissement sans cesse des émissions de gaz à effet de serre (GES), en particulier le dioxyde de carbone (émission excédentaire annuelle de 3,2 milliards de carbone par an) dont les conséquences sont de nos jours bien établies par le GIEC.
Dans ce contexte, et dans un contexte mondial marqué par l'instabilité des prix du baril de pétrole, les énergies nouvelles et renouvelables, particulièrement les biocarburants font l’objet d’une considération particulière. Cette considération tient du rôle qu’ils pourraient jouer dans:
- la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le gain en termes de rejet de GES peut aller au-delà de 90 % pour les filières les plus efficaces comme la filière éthanol via la canne à sucre (IFP, 2007)
- la recherche d'une sécurité énergétique (indépendance énergétique, diversification des sources d'énergie) compte tenu de la diminution des réserves mondiales de pétrole.
En pratique, les biocarburants se classent en deux grandes familles :
- les biocarburants de « première génération » : ils sont issus des plantes riches en produits oléagineux ou en sucre. Ils comprennent les huiles végétales pures, le biodiesel (destinés aux moteurs diesel) et l’éthanol (destiné au moteur à "essence") produit à partir de matières sucrées (canne à sucre, betterave etc.) et amylacées (maïs, blé, etc.). Leur technologie de production est maîtrisée et répandue dans le monde.
- les biocarburants de «seconde génération »: ils sont très peu développés pour des raisons de rentabilité économique et de maîtrise de la technologie de production. C’est le cas par exemple de l’éthanol cellulosique (produit à partir de résidus agricoles comme les pailles de céréales, de résidus forestiers etc.) ou les carburants BTL (biomass to liquid) qui sont des hydrocarbures de synthèse produits à partir des gaz issus des procédés de gazéification et du craquage thermique de la biomasse. L'optimisation de ces procédés fait actuellement l'objet de recherche dans différents laboratoires à travers le monde. Toutefois, les estimations montrent que les procédés industriels rentables dans ce domaine ne seront pas disponibles avant 15 ans.
Aujourd'hui la question des biocarburants ne se posent pas en termes de faisabilité technique sauf pour le cas des biocarburants de seconde génération ou de leur impact environnemental positif. Les questions que l'on se pose aujourd'hui portent sur :
- l'occupation des terres agricoles pour la production de biocarburant;
- la disponibilité des ressources pour une production en masse de biocarburants. Les biocarburants sont-elles la solution au problème énergétique que connaît le monde?
- leur rentabilité économique.
Nous estimons que les biocarburants ne représentent pas la solution au problème énergétique, mais un élément de solution qui, combiné à d’autres, peut apporter un début de réponse. En effet, à l’échelle mondiale, les filières actuelles de biocarburants (première génération) qui connaissent un développement véritable représentent une part infime des besoins énergétiques mondiaux. A titre d'illustration, l’ensemble des huiles végétales produites dans le monde (alimentaires ou non) ne couvrent que 19 jours de besoin mondial dans le domaine du transport et la totalité de l’éthanol mondial produit ne couvre que 6 jours de besoin mondial.
Les projections sur le développement des biocarburants de seconde et même de troisième génération (hydrogène) devraient contribuer à augmenter sensiblement la part des biocarburants dans la consommation mondiale d'énergie (qui est actuellement d’environ 1,3%). Toutefois, cette augmentation restera toujours faible compte tenu des besoins croissants en énergie.
A l'échelle locale, l'enjeu énergétique des biocarburants peut devenir très important. C’est le cas des pays en développement dont le potentiel de production de biocarburants est souvent très important par rapport à leurs besoins énergétiques. Dans ce contexte, les biocarburants peuvent se présenter comme un véritable facteur de développement (applications de type " circuits courts ": motorisation agricole, production d’électricité ou orientés dans les transports). La couverture des besoins en énergie, l’accroissement de la production agricole, la croissance économique sont les enjeux réels des biocarburants dans ces pays.
En effet, la plupart de ces pays ont une économie qui repose sur l’agriculture dont le développement passe par une mécanisation. Les initiatives de mécanisation du secteur agricole (en amont et en aval) dans ces pays connaissent aujourd’hui un développement très lent du fait du coût élevé de l’énergie fossile. Cela est encore plus remarquable pour les pays enclavés et dépourvus de ressources fossiles. L’une des perspectives de la mécanisation de l’agriculture dans ces pays est l’utilisation de biocarburants en "circuits courts" d’autoconsommation où la rentabilité économique et énergétique est le plus souvent bien établie (les processus de production en "circuit courts" sont moins complexes et moins coûteux). Cette option offre la possibilité de produire le carburant nécessaire à la production agricole à partir de la production agricole elle-même et cela dans un rapport très intéressant : l’agriculture peut produire cinq à dix fois l’énergie qu’elle consomme. Ainsi, les unités de production agricoles petites ou moyennes, peuvent produire sur place le produit alimentaire, le carburant nécessaire à la production et le sous-produit (tourteau) utilisable directement pour l'alimentation de bétail ou comme engrais organique. De telles options contribueraient à couvrir d’une part les besoins en énergie dans ces pays et d’autre part à augmenter leur production agricole. Le problème de compétition entre l’usage alimentaire et l’usage énergétique (occupation des terres agricoles) se pose donc très peu dans ces pays vu sous cet angle.
Après cette brève analyse, on peut se poser néanmoins les questions suivantes : Les enjeux énergétiques, économiques et environnementaux étant très disparates en fonction des régions ou des pays, ne faut-il pas concevoir des modèles régionales ou "locales" de valorisation énergétique de la biomasse qui tiennent compte des spécificités de chaque zone? Quel biocarburant, pour quel usage et pour qui? Ces questions nécessitent une réflexion pour l'élaboration de politiques de biocarburant optimales.
Dr Tizane DAHO

Problématique actuelle des biocarburants : enjeux et perspectives pour les pays en développement








