Les systèmes fondés sur l’approche d’assainissement écologique, ecosan, visent à fermer le circuit des matières qui se trouvent dans les eaux usées et des excrétas, et donc à permettre leur recyclage dans une manière durable sur le plan économique et écologique, et adapté aux besoins locaux.
Ce concept nouveau d’assainissement écologique qui s’affirme chaque jour davantage comme une alternative durable à l’épineux problème d’assainissement en Afrique Subsaharienne, permettra sans doute de faire efficacement face aux multiples défis environnementaux de notre génération, réel gage de survie des générations futures.
En effet, les défis en assainissement sont énormes dans nos pays africains et vont au-delà des latrines fournies aux populations. La gestion des produits issus de ces latrines non connectés aux réseaux d’égout, affecte l’environnement et menace la santé des populations.
Plus de 75% de ménages de nos villes africaines disposent de systèmes destinés à produire des boues de vidange, et on estime à plus de 1000 tonnes la quantité de boues produites par jour dans ces villes.
Ces boues de vidange sont souvent stockées dans des fosses profondes, ou mal collectées par manque de systèmes organisés de collecte et de transport, ou par manque de moyens financiers. Elles sont rejetées anarchiquement dans les espaces libres et dans les cours d’eau par manque de station de traitement. Ce sont des pratiques répréhensibles qui contribuent à polluer les ressources en eau et qui sont à l’origine de multiples maladies hydriques telles que la diarrhée, le choléra, la dysenterie, ou des maladies de tout genre qui mettent en péril l’épanouissement de nos populations.Ces dégâts sont causés par le mélange constitué de l’urine, des fèces et de l’eau que nous pouvons banalement éviter si nous prenons les dispositions qu’elles restent séparées comme provenant du corps humain. C’est le principe clé de gestion qui est soutenu par l’approche ecosan afin de faciliter la gestion de ces produits et permettre leur réutilisation en agriculture pour une plus grande productivité.
En effet, les urines et les fèces sont riches en nutriments (azote, potassium et phosphore) au même titre que les engrais chimiques, nécessaires aux spéculations telles que le maïs, le sorgho, le mil, le manioc, l’igname, le poivron, la tomate, l’aubergine, les concombres, le coton et bien d’autres qui ont déjà fait l’objet d’essais concluants dans plusieurs pays dans le monde entier. L´usage de l´urine et des excréta peut donc aider à améliorer la production des denrées de manière durable en particulier pour les agriculteurs qui, autrement, ne peuvent pas accéder aux engrais chimiques à cause de leur coût. En outre, les problèmes posés par l’utilisation non conforme de certains types d’engrais chimiques peuvent être évités avec l’utilisation de ces engrais naturels.
Les recherches entreprises en assainissement écologique depuis 2002 par le CREPA ont abouti à des résultats satisfaisants, vulgarisables auprès des agriculteurs. Ces résultats attestent que les excréta ont des teneurs élevées en éléments nutritifs qui pourraient permettre une amélioration de la production végétale et la restauration du statut organique du sol.
En moyenne un adulte produit par année 500 litres d’urine et 50 litres de fèces contenant environ 7.5 kg de NPK assez pour produire 230 kg de céréales qui suffisent pour nourrir un adulte durant une année. De ce fait, l’idée de durabilité selon Lavoisier « Rien ne se perd, tout se transforme », peut être soutenue et bien orientée pour une sauvegarde des ressources naturelles aux générations futures.
Des estimations récentes menées par le CREPA, sur la base des quantités de NPK contenus dans les excrétas humains et les prix des engrais chimiques sur le marché, ont estimé à 3.500 FCFA la valeur agronomique de rejet annuel en excréta d’une personne. Ce qui veut dire qu’un ménage de 10 personnes au Burkina, produit environ 35.000 FCFA d’engrais naturels par année. Le potentiel en engrais naturel excrété par toute la population burkinabè de 14 millions d’habitants, peut ainsi être aisément estimé à 49 milliards de FCFA. Au niveau macro-économique, cela constitue un bénéfice direct pour l’Etat, auquel est systématiquement associé d’autres bénéfices indirects à savoir : suppression des milliards de devises exportées pour acheter ou subventionner des engrais chimiques, réduction des dépenses liés aux maladies causées par les excréta, réduction des coûts liés à la réalisation des infrastructures d’assainissement, protection des ressources en eau et de l’environnement, restauration des sols agricoles par les micro-éléments contenus dans les engrais naturels, etc…
Ces avantages sont impressionnants et constituent les principaux leitmotive qui amènent le CREPA et ses partenaires à œuvrer pour le développement de l’approche ecosan.
Mais aujourd’hui, les résistances socioculturelles, institutionnelles, politiques et financières pour passer à l’adoption de cette approche restent potentielles, et les actions ecosan nécessaires pour surmonter ces résistances, peuvent être qualifiées de ‘’Révolution Ecologique’’ compte tenu de la complexité et la multiplicité des acteurs à mobiliser.
Le projet d’assainissement écologique de la ville de Ouagadougou, dénommé Ecosan_UE, la première expérience urbaine dans le réseau CREPA, marque le début de cette Révolution Ecologique en Afrique.
Ce projet fait la promotion de l’utilisation des engrais naturels obtenus à partir des excréta humains hygiénisés. Il est actuellement mis en œuvre à Ouagadougou dans 4 secteurs de la ville (17, 19, 27 et 30) par le CREPA, la GTZ et l’ONEA qui sont les principaux partenaires techniques. D’un montant total d’environ 1 milliard de francs CFA le projet est financé à 74% par l’Union Européenne, 14% par le CREPA, 12% par la GTZ et l’ONEA y contribue en ressources humaines. La finalité du projet est la mise en place d’une chaîne de production d’engrais naturels à moindre coût utilisables par les maraîchers des secteurs concernés.
Démarré depuis 2006, le projet a atteint des résultats satisfaisants du point de vue de la mise en place des infrastructures et de l’implication des groupes cibles notamment les maraîchers qui représentent les utilisateurs des produits finaux: le ‘’birgkoom’’ (urine hygiénisée) et le ‘’birgkoenga’’ (fecès hygiénisé).
Cependant à cinq (05) mois de la fin du projet, les questions de relève des actions du projet restent encore non élucidées et suscitent l’attention de tous les acteurs impliqués.
L’opérationnalisation de l’implication des autorités et des partenaires techniques et financiers, reste déterminante pour une adoption effective de l’approche et un réel passage à échelle. Les technologies existantes au CREPA sont à faible coût et restent adaptées aux populations pauvres. Ailleurs dans le monde, comme le témoignent les images de la Figure 2 ci-dessous, les technologies plus sophistiquées existent, et peuvent être facilement importées en Afrique si l’environnement socioculturel, institutionnel et politique se montre favorable.
L’objectif principal du projet est de faciliter l’accès des populations des secteurs désavantagés et à croissance rapide de Ouagadougou, aux systèmes d’assainissement écologique, durables, sains et abordables qui protègeront la santé humaine et contribueront également à la sécurité alimentaire et à la protection des ressources naturelles et au renforcement des Petites et Moyennes Entreprises. Il s’exécute depuis le 26 juin 2006 pour une durée de 3 ans.
Trois objectifs spécifiques sont visés :
- Développer les systèmes d’assainissement écologique à la demande appropriée, abordable et durable dans le contexte local en collaboration avec les populations des quartiers périphériques et des autres acteurs de développement.
- Créer un environnement institutionnel favorable aux approches novatrices à l’assainissement en intégrant l’approche « assainir et recycler » de l’assainissement dans les plans stratégiques d’assainissement, dans le cadre législatif et dans la politique nationale.
- Appuyer et promouvoir la participation future du secteur privé local dans la fourniture de services d’assainissement particulièrement pour les systèmes d’assainissement écologique.
La finalité du projet est la mise en place d’un système d’assainissement très décentralisé basé sur l’approche EcoSan, où les excréta ne sont plus considérés comme des déchets mais des intrants agricoles au bénéfice des producteurs qui verront augmenter leurs profits par l’utilisation des engrais naturels, financièrement abordables, et accessibles.

Ecosan_UE - Projet d’assainissement écologique dans les quartiers périphériques de Ouagadougou












